Discours de François Hollande à l’Oratoire, La Rochelle

François Hollande – Discours de l’Oratoire, le 26 août 2011

Je voudrais commencer par vous remercier, vous qui avez cru depuis longtemps dans la démarche que je proposais. Vous aussi qui y avez cru depuis moins longtemps, car vous aviez le droit d’attendre, et le devoir de réfléchir. Et ceux enfin qui ne sont pas encore là, et viendront nous rejoindre bientôt. Car nous avons le devoir de rassembler tous les socialistes.

Aujourd’hui, il y a plusieurs candidats et candidates, et c’est bien légitime. Au bout du processus il n’y en aura qu’un ou qu’une qui nous représentera, et nous devrons tous mener campagne derrière lui ou elle, pour gagner.

Car une campagne, c’est bien sûr, un candidat(e), mais c’est aussi une équipe. Et autour de moi, il y a des hommes et des femmes qui vont s’engager pleinement. Nous avons besoin de tous et de toutes, c’est-à-dire de nous déployer vers l’extérieur pour convaincre.

Une primaire ce n’est pas un congrès du parti socialiste. Je n’ai rien contre un congrès, j’en ai gagné suffisamment pour ne pas les craindre. Mais nous avons un autre défi : celui de faire venir des centaines de milliers, peut-être même plus d’un million de Français, à la primaire.

Nous devons donc être suffisamment attractifs pour les attirer. C’est là en somme la responsabilité que nous portons.

Nous sommes dans un moment d’université d’été, et on nous annonce le pire. On nous dit que ce sera la division, le fractionnement. Mais moi, je n’ai aucune inquiétude. Nous sommes là, socialistes, à l’université d’été, avec un seul objectif : gagner. Cela vaut mieux que des photos ou des images.

Il faut de la sincérité, de la hauteur de vue. Nous sommes regardés parce qu’en définitive, ce que nous allons faire là, jusqu’au 9 octobre, ce n’est pas seulement choisir un candidat socialiste, ou un candidat du second tour. Nous allons choisir, avec les Français, le futur Président de la République.

Des sondages sont publiés, ils m’annoncent une mauvaise nouvelle, je serais en tête, mon Dieu ! Quelle malédiction vient nous frapper ? Il ne faut pas se mortifier de cette situation d’être premier à 45 jours du vote et le vivre comme un chemin de croix. Il faut simplement vivre ça comme une responsabilité supplémentaire.

Il ne faut pas non plus se réjouir avant l’heure : nous avons suffisamment d’expérience pour savoir que jamais un sondage n’a fait gagner une élection. Ce qui fait gagner une élection, c’est un suffrage. Un suffrage, ça se respecte ; une élection, ça se mérite. Face à cette responsabilité qui nous attend nous n’avons qu’un devoir : être à la hauteur.

Alors ne comptez pas sur moi pour dévaloriser les autres candidats. Soyons à la hauteur de ce que les Français attendent de nous pour ces primaires. Nous devons avancer au bon rythme et rassembler le plus de Français dans cette démarche.

J’ai pour ma part pris ce rendez-vous avec les Français et la primaire. Tout ce que je dis m’engage, tout ce que j’écris pourra être utilisé pour moi ou contre moi. Ce que je montre est aussi une forme de révélation de ce que pourra être ma pratique dans l’exercice du pouvoir.

Ce que je porte c’est donc une crédibilité et une responsabilité indispensables.

Car je mesure le défi qui nous attend.

Jamais, dans histoire de la Vème République, la gauche n’a connu un contexte si difficile et si grave.

Il y a d’abord la crise, qui n’est pas nouvelle, qui a éclaté en aout 2008. Le Président actuel n’y est pas pour grands chose. Cette crise, c’est simplement le résultat d’un système que lui-même considère avec la plus grande indulgence.

Mais 3 ans après, cette crise se prolonge jusqu’au nouveau rebondissement d’il y a quelques semaine. Cette crise globale, occidentale, du capitalisme financier, ne va pas disparaître sous prétexte que Nicolas Sarkozy va disparaître en mai 2012.

Cette crise prend des formes différentes. Elle n’est plus seulement celle de la dette privée, elle est maintenant celle de la dette publique. Les marchés se sont renforcés, alors qu’ils devaient être mis sous tutelle. Les « produits dérivés », à l’origine des subprimes, sont maintenant utilisés pour spéculer contre les Etats.

Les agences de notation, qui n’ont pas vu venir les subprimes, ont repris à ce point confiance en elle, qu’elles menacent désormais les Etats, y compris le plus grand d’entre eux, les Etats-Unis.

Dans ce contexte, il y a besoin de règles, de puissance publique, d’une intervention commune, d’une Europe forte. Voilà pourquoi je pense que les mieux placés pour affronter cette crise sont les socialistes. Mieux placés, en tous cas, que les libéraux. Ce sont également les Européens qui sont mieux placés, plutôt que les plus frileux.

Ici, en France, nous devons apporter les protections attendues.

Nous sommes en situation de faible croissance. Elle est depuis 4 ans, autour de 1%. C’est peu pour lutter contre le chômage. Un chômage qui vient d’atteindre son plus haut niveau depuis 10 ans. Un chômage qui touche les jeunes, comme les seniors.

La solution que je propose depuis plusieurs mois, avec mon contrat de générations, c’est que les employés les plus jeunes puissent bénéficier de l’expérience des plus anciens. En formant un jeune, les seniors pourront cotiser jusqu’à atteindre une retraite à taux plein. Et les entreprises qui feront le choix d’employer un jeune en CDI, tout en gardant un employé proche de prendre sa retraite, ne paieront plus de cotisations sociales sur les 2 emplois.

Ce contrat de générations est nécessaire pour que toutes les catégories d’âge soient représentées dans l’entreprise.

Et ce chômage n’est pas seulement lié à la crise, mais aussi à la politique de Nicolas Sarkozy. Il avait promis de travailler plus, mais la France travaille moins, car il y a plus de chômage.

Que reste-t-il du paquet fiscal de 2007? Le bouclier fiscal a été abandonné. Les droits de succession revus. La déduction des intérêts d’emprunt, annulée. Il reste – et encore, pour partie- l’exonération des cotisations sociales sur les heures supplémentaires.

C’est-à-dire que pendant son quinquennat Nicolas Sarkozy aura donc défait ce qu’il avait fait. Et bien je vous propose d’aller au bout de cette logique, et de défaire en 2012 l’élection de 2007.

Pendant ce quinquennat, la dette et le déficit ont terriblement augmenté : de 2007 à 2012, l’endettement est passé de 60% à 85% de la richesse nationale. Voilà le bilan de Nicolas Sarkozy.

Et si on fait le compte de tous les allègements fiscaux depuis 2002, et bien on obtient un total de 100 milliards d’euros, soit le montant du déficit public de l’Etat pour l’année 2011. Aujourd’hui encore, l’Etat emprunte pour payer ces cadeaux fiscaux, au point qu’à partir de l’année prochaine, le premier budget de l’Etat sera le remboursement des intérêts de la dette.

Bien sûr, il ne sera pas pour autant suffisant d’annuler ces cadeaux pour résoudre tous les problèmes. Mais j’aurais souhaité que le plan développé par François Fillon règle au moins pour partie la dette que la majorité avait elle-même créée.

Mais ce plan est bien insuffisant. Il totalise, parait-il, 11 milliards d’euros, qui restent à vérifier. Alors que c’est de 20 milliards d’euros dont nous aurions eu besoin.

En plus, ce plan est composé d’une suite de bricolages. Tout y passe, des boissons sucrées aux parcs d’attraction. Il y a dans ces mesures de nombreuses incohérences, par exemple sur les heures supplémentaires. La situation actuelle de chômage élevé appelle à privilégier l’embauche de jeunes dont une heure de travail coûte bien moins cher qu’un travailleur expérimenté à qui, souvent, l’on impose cette heure supplémentaire.

L’incohérence, cela restera décidément la marque du quinquennat de Nicolas Sarkozy.  Rendez-vous compte de ce qui s’est passé il y a quelques jours : ces « jacqueries » fiscales, ces incohérences ont amené des catégories et des corporations qui d’habitude s’assemblent pour ne plus payer d’impôts, à en réclamer un.

Les patrons du CAC40 implorent le Président pour payer plus d’impôts et demandent à payer leurs cotisations. C’est invraisemblable !

Ont-ils mauvaise conscience de tous ces cadeaux fiscaux ? Ou craignent-ils, peut-être à raison d’ailleurs, que si les socialistes arrivent aux responsabilités publiques, nous ayons la main plus lourde ?

Mais même là Nicolas Sarkozy n’a pas voulu céder à ces pressions. Il a préféré instaurer un prélèvement pour les plus hauts revenus qui touchera à peine 10 à 20 000 personnes. Et cet impôt, en plus, il est exceptionnel. Exceptionnellement lourd ? Non. Exceptionnellement court ! Puisqu’il s’arrêtera en 2013.

Les Français paieront plus cher tous les ans. Ils paieront plus cher pour leurs assurances, pour leur mutuelle santé, pour le reste de leurs jours. Mais les riches, eux, si l’équilibre est retrouvé en 2013, seront épargnés.

La droite nous dit : « nous avons baissé les impôts ». Enfin, ils ont baissé les impôts des plus favorisés.

Jamais l’imagination fiscale n’a atteint ce niveau de paroxysme.

Regardez tout ce qui s’est produit, les boissons sucrées, les parcs d’attraction, même le poisson figurez-vous. Ils ont taxé les huiles de moteur, les ordinateurs, la téléphonie, internet, la redevance télé, les franchises médicales, la CSG, les cotisations retraites, l’intéressement et la participation, les mutuelles, bref tout ce qui fait les actes de la vie quotidienne. Et ils ont détaxé ou défiscalisé la fortune de quelques-uns.

On voit bien que depuis 5 ans les Français travaillent moins et payent plus. Voilà le résultat de Nicolas Sarkozy.

Nous avons donc une triple responsabilité :

La première est pour nous socialistes de réussir ces primaires que nous avons voulues. J’en connais, dans cette salle, qui n’ont pas eu, lorsque la proposition a été faite, la plus grande faveur à l’égard de ces primaires. J’en connais d’autres qui pensaient pouvoir décider seul. Mais cette décision a été prise par les militants ; et elle doit être respectée.

Nous avons le devoir de réussir cette procédure. Et je ne dis pas aux Français : « venez voter nombreux » parce que je douterais du vote des militants socialistes. Je dis, venez voter nombreux pour que celui ou celle qui en sort vainqueur en tire la force et la légitimité nécessaires pour le combat qui nous attend. Car le combat ce n’est pas en octobre, c’est le 6 mai 2012. Ça doit être à ce moment-là, la victoire.

Je demande donc à chacun et chacune d’entre vous d’avoir ce seul objectif. Je ne dis pas à chacun d’entre vous d’aller dire « il faut choisir François ». Je vous demande de faire bien plus et bien mieux que ça. Je vous demande de convaincre nos concitoyens de venir voter à la primaire.

Et je ne doute pas de ce qu’ils feront parce que j’ai un seul souci: faire gagner la gauche.

Que l’un ou l’une d’entre nous soit le meilleur pour battre Nicolas Sarkozy ne veut pas dire que les autres n’ont pas de qualités. Cela veut dire que celui ou celle qui sera choisi sera regardé comme réunissant les capacités et les conditions pour l’emporter sur un candidat de droite et une candidate d’extrême droite.

Il ne s’agit pas d’aller sur les marchés avec des tracts à l’effigie de l’un ou de l’autre : de quoi aurait l’air le parti socialiste avec des campagnes différentes ? J’ai un seul souci, celui de faire campagne pour que les Français viennent participer à la primaire.

Alors qu’est-ce qui nous différencie, nous les 6 candidats ?

Nous avons le même projet, nous l’avons tous voté.

Certains ont peut-être un calendrier, des priorités, sûrement des nuances face à la mondialisation, à l’Europe.

Mais ce qui fera vraiment la différence c’est lequel pourra gagner et être un bon Président pour la France.

C’est ça qui fera la distinction ou la différence.

On me dit : mais en définitive comment être sûrs que la droite ne va pas venir voter à ces primaires et favoriser l’un ou l’autre ? Mais enfin, qui choisirait-elle ?

De toute manière la seule façon d’éviter une pollution, c’est que nous venions voter très nombreux, et que nous fassions en sorte que tous les Français se retrouvent dans cette belle idée de la démocratie.

Car quel parti a pris ce risque d’organiser une grande primaire ? Soyons en fiers ! Nicolas Sarkozy lui-même serait-il désigné dans une primaire ?

Une fois encore faisons référence, à condition que le scrutin soit incontestable, que la participation soit très forte. Nous sommes tous concernés, tous responsables, à nous d’en faire une belle échéance, de faire réussir les primaires et de faire gagner la gauche.

Moi j’ai le sentiment, comme ça, à l’estime, que les Français veulent plutôt changer de Président.

Il est temps pour l’alternance :

Cela fait 10 ans que la droite est au pouvoir. Cela fait 10 ans qu’ils échouent sur la dette, sur la compétitivité, sur le chômage, sur l’école, et sur le Service Public. Cela fait 10 ans que nous subissons le recul et la régression des droits, les manquements à toutes les règles. Et nous prendrions la responsabilité de laisser la droite gouverner 5 ans de plus ? Non !

Si nous échouons en 2012, cela fera 23 ans, 23 ans sans qu’un candidat socialiste gagne une élection présidentielle. C’est le temps qu’il a fallu à François Mitterrand pour arriver au pouvoir, avec vous, avec nous. Et bien nous n’attendrons pas 23 ans.

Aujourd’hui notre pays, notre grand pays a le sentiment d’être à l’arrêt. Notre pays habitué à être un exemple dans le monde, pour ses valeurs. Notre génération, si fière de ses conquêtes, a peur que ses enfants et ses petits-enfants aient la vie plus dure que nous.

D’où ce doute qui saisit l’ensemble des forces de la France. Un doute qui s’est même installé dans les valeurs de la république. Alors le message c’est de redonner confiance et espoir. D’abord dans les dirigeants politiques, ensuite dans les partis qui sont les représentants les plus légitimes de la démocratie. Redonner confiance dans les syndicats, dans les associations, dans tous ceux qui se battent.

Redonner confiance dans les valeurs de la République, dans l’Egalité, dans la Laïcité. Ce qui nous a permis à chaque convulsion de nous dépasser nous-mêmes, de nous rendre plus fiers quelles que soient nos convictions, nos couleurs, nos croyance.

Oui, j’ai confiance dans la singularité française, un pays pas comme les autres qui porte, certes parfois avec arrogance, mais aussi avec espérance, des valeurs que le monde regarde. Un monde qui se demande : « Où est la France ?». Les Français eux-mêmes ne se reconnaissent plus.

Il faut reprendre la marche du progrès, redonner espoir. Il restera de ce quinquennat une forme d’excès en tout, d’illusion et même de mensonge.

J’ai évoqué ce qui pouvait être un Président normal. Beaucoup s’interrogeaient. Vous avez aujourd’hui un Président anormal. Faites la différence.

Il faudra faire du neuf. Il faudra renouveler plus que des visages. Il ne s’agit pas de mettre des propositions d’hier, ou d’avant-hier. Il faut tirer toutes les expériences de nos gouvernements passés. Nous pouvons être fiers du changement avec François Mitterrand, et du gouvernement avec Lionel Jospin.

C’est notre responsabilité historique de prendre référence dans le passé et d’inventer pour l’avenir. Face aux difficultés considérables, nous sommes capables de réussir, de dire la vérité, de renouveler et d’avoir l’audace d’emmener notre pays alors qu’il doute de son destin.

Ce qu’il faut c’est un Président qui fera en sorte que tous acteurs de la République et tous les citoyens soient rassemblés. Pour cela il faut un candidat qui rassemble, qui sache tracer la voie, montrer le cap. Pour rassembler d’abord les socialistes jusqu’au 9 et 16 octobre, rassembler la gauche ensuite, puis rassembler les Français.

Nous devrons changer le pays, nous ne pourrons pas le faire seul. Nous devons être responsables.

Le temps finit par rendre nostalgique ; mais en 2012 ce sera une victoire aussi belle que 1981. Une victoire qui nous ouvrira tant de perspectives que nous pourrons dire, quelles que soient nos responsabilités dans cette aventure : nous y étions.

(Seul le prononcé fait foi)

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